Page:Marais - Nicole, courtisane.djvu/33

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Il y a cinq ans, je me souviens qu’une petite Nicole, que je prenais pour la maîtresse d’un autre, devint la mienne… et que j’eus la surprise de la découvrir plus… virginale qu’une fiancée de province, n’ayant eu qu’un béguin platonique où je soupçonnais une aventure effective. Depuis, Nicole fut toujours une adorable compagne quasi conjugale… Est-ce pour cela que tu t’étonnes que je t’aime encore en amant, et non point comme un vieux mari ?

Je le considère affectueusement. Je ressens une amitié immense à l’égard de ce grand garçon robuste, joyeux, affrontant gaillardement les parages de la quarantaine ; ses bons yeux gris expriment une telle tendresse… Mais, je ne puis l’imaginer mon amant, pas plus que mon mari. Il me semble que c’est mon frère, un frère avec lequel je serais quelquefois obligée de… dormir. J’ai une profonde affection pour Paul, jamais du désir. Je lui suis très reconnaissante d’avoir assuré ma vie — il m’a constitué une fortune personnelle dès le début, par délicatesse, afin que je fusse indépendante — d’être un excellent camarade, sincère et dévoué, d’avoir eu pitié de moi, voilà cinq ans, alors que fillette de dix-huit ans, meurtrie,