Page:Marais - Nicole, courtisane.djvu/34

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


brisée, par un amour malheureux, je me jetai dans ses bras. Je ne peux pas éprouver autre chose… Je lui réponds :

— Moi aussi, je t’aime bien, va !

Et j’effleure sa nuque, son front, ses cheveux, d’une main un peu molle, d’une caresse sans fièvre. Il dit :

— Ne sonne pas Lucy, cette nuit : elle s’est endormie, sans doute, la pauvre fille… En me laissant te déshabiller, tu feras deux heureux : ta femme de chambre bâillerait, gémirait d’accomplir sa corvée tardive ; moi, lorsque je détache un à un les boutons de ta robe, il me semble que j’égrène un chapelet d’amour… Lucy, elle, ne pense qu’à regagner son lit…

— Toi, tu ne songes qu’au mien… Écoute, Paul, tu nous comparais tout à l’heure à des gens mariés ; ce soir (ou plutôt, ce matin, il est cinq heures) imitons la sagesse bourgeoise des vieux époux, et que les amours dodus et râblés qui s’ébattent sur les tableaux qui couvrent ces murs, rougissent d’assister à la plus plate des nuits sans histoire, et nous contemplent paisiblement étendus côte à côte, devisant avant de dormir, comme un bon ménage un peu ridicule… je suis éreintée.