Page:Marais - Nicole, courtisane.djvu/80

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Grand Dieu ! Où se trouve l’impressionnant ministre d’hier, l’immortel polémiste ? Et quel âge peut avoir au juste ce vieux monsieur qui approche de mon corps potelé ses mains tremblantes, sa face libidineuse ? Ça Léon Brochard ? Jamais.

Je ne subis plus le prestige : l’illustre Brochard a perdu son auréole en retirant son veston.

Et le fou rire me reprend, me courbe, me tord, irrésistiblement, d’une gaieté contorsionnée qui déchire mes entrailles, secoue tout mon être de hoquets presque douloureux. J’éclate, appuyant les mains sur mes aines sensibles, baissant mon torse agité de sursauts joyeux. Et je ne peux plus m’arrêter…

Ridicule et piteux, avec sa petite chemise cocasse qui dissimule mal une académie pauvrette, ses pieds agrémentés d’ognons, ses jambes velues, ses genoux rentrés, ses bras maigres, ses épaules étriquées, son cou de dindon, et ses yeux écarquillés, monsieur l’ex-Premier me contemple, abasourdi, et bégaye, tout interdit :

— Qu’est-ce qui vous prend, ma jolie ? Qu’est-ce que vous avez, Nicole ?

Je remets mon corset, j’attache mon jupon,