Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/101

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si bon guet qu'elle n'y pouvoit aller si secretement qu'il n'y fust premier qu'elle et qu'il ne demourast autant à l'eglise qu'il povoit avoir le bien de la veoir; et tant qu'elle y estoit, la contemploit de si grande affection, qu'elle ne povoit ignorer l'amour qu'il luy portoit. Pour laquelle eviter, se delibera pour ung temps de feindre se trouver mal et oyr la messe en sa maison: dont le gentil homme fut tant marry qu'il n'estoit possible de plus; car il n'avoit autre moyen de la veoir que cestuy-là. Elle, pensant avoir rompu ceste coustume, retourna aux eglises comme paravant; ce que Amour declaira incontinant au gentil homme françoys, qui reprint ses premieres devotions; et, de paour qu'elle ne lui donnast encores empeschement, et qu'il n'eust le loisir de luy faire sçavoir sa volunté, ung matin qu'elle pensoit estre bien cachée en une chappelle, s'alla mectre au bout de l'autel où elle oyoit la messe, et, voyant qu'elle estoit peu accompaignée, ainsi que le prestre monstroit le corpus Domini, se tourna devers elle, et, avecq une voix doulce et plaine d'affection, luy dist: "Ma dame, je prends Celluy que le prebstre tient à ma dannation, si vous n'estes cause de ma mort; car, encores que vous me ostez le moyen de parolle, si ne povez-vous ignorer ma volunté, veu que la verité la vous declaire assez par mes oeilz languissans, et par ma contenance morte." La dame, faingnant