Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/111

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auquel il commanda le suyvre de près; mais, après avoir quelque temps couru le cerf, voyant le Roy que ses gens estoient loing de luy, hors le conte seullement, se destourna hors de tous chemins. Et, quant il se veid seul avec le conte au plus profond de la forest, en tirant son espée, dist au conte: "Vous semble-il que ceste espée soit belle et bonne?" Le conte, en la maniant par le bout, luy dist qu'il n'en avoit veu nulle qu'il pensast meilleure. "Vous avez raison, dist le Roy, et me semble que si ung gentil homme avoit deliberé de me tuer et qu'il eust congneu la force de mon bras et la bonté de mon cueur, accompaignée de ceste espée, il penseroit deux fois à m'assaillyr; toutesfois, je le tiendrois pour bien meschant, si nous estions seul à seul sans tesmoings, s'il n'osoit executer ce qu'il auroit osé entreprendre." Le conte Guillaume luy respondit avecq ung visaige estonné: "Sire, la meschanceté de l'entreprinse seroit bien grande, mais la follye de la vouloir executer ne seroit pas moindre." Le Roy, en se prenant à rire, remist l'espée au fourreau, et, escoutant que la chasse estoit près de luy, picqua après le plus tost qu'il peut. Quant il fut arrivé, il ne parla à nul de cest affaire, et se asseura que le conte Guillaume, combien qu'il fust ung aussy fort et disposé gentil homme qu'il en soit poinct,