Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/113

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quant à moy, je ne l'empescheray poinct, mais je seray très contant qu'il trouve party tel qu'il y puisse vivre selon qu'il le merite." Robertet fut aussy diligent de porter ceste response au conte, qu'il avoit esté de presenter sa requeste au Roy. Le conte dist que, avecq son bon congé, il deliberoit doncques de s'en aller. Et, comme celluy que la paour contraingnoit de partir, ne la sceut porter vingt quatre heures, mais, ainsy que le Roy se mectoit à table, print congé de luy, faingnant avoir grand regret, dont sa necessité luy faisoit perdre sa presence. Il alla aussy prendre congé de la mere du Roy, laquelle luy donna aussy joyeusement qu'elle l'avoit reçeu comme parent et amy; ainsy s'en retourna en son païs. Et le Roy, voyant sa mere et ses serviteurs estonnez de ce soubdain partement, leur compta l'alarme qu'il luy avoit donnée, disant que, encores qu'il fust innocent de ce que on luy mectoit à sus, si avoit esté sa paour assez grande pour s'esloigner d'ung maistre dont il ne congnoissoit pas encores les complexions.

"Quant à moy, mes dames, je ne voy point que autre chose peust esmouvoir le cueur du roy à se hazarder ainsy seul contre ung homme tant estimé, sinon que, en laissant la compaignie et les lieux où les Roys ne trouvent nul inferieur qui leur demande le