Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/150

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dist Parlamente, elles vous debvroient priver de leur honneste entretenement et privaultez." Mais il luy respondit: "Aucunes ont tant usé, en mon endroict, du conseil que vous leur donnez, en m'esloignant et separant des choses justes et honnestes, que si je povois dire pis et pis faire à toutes, je ne m'y espargneroie pas, pour les inciter à me venger de celle qui me tient si grand tort." En disant ces parolles, Parlamente meit son touret de nez, et, avecq les autres, entra dedans l'eglise, où ils trouverent vespres très bien sonnées, mais ilz n'y trouverent pas ung religieux pour les dire, pource qu'ilz avoient entendu que dedans le pré s'assembloit ceste compaignye pour y dire les plus plaisantes choses qu'il estoit possible; et, comme ceulx qui aymoient mieulx leurs plaisirs que les oraisons, s'estoient allez cacher dedans une fosse, le ventre contre terre, derrière une haye fort espesse. Et là avoient si bien escoucté les beaulx comptes, qu'ilz n'avaient poinct oy sonner la cloche de leur monastere. Ce qui parut bien, quant ilz arriverent en telle haste, que quasi l'alaine leur failloit à commencer vespres. Et quand elles furent dictes, confesserent à ceulx qui leur demandoient l'occasion de leur chant tardif et mal entonné, que ce avoit esté pour les escouter. Parquoy, voyans leur bonne volunté, leur fut permis que tous les jours assisteroient derriere la haye, assiz à leurs ayses. Le soupper se passa joyeusement, en relevant les propos qu'ilz n'avoient pas mis à fin dans le pré, qui durerent tout le long du soir, jusques à ce que la dame Oisille les pria de se retirer, à fin que leur esperit fut plus prompt le lendemain, après ung bon et long repos,