Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/172

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prins; ce qui fut faict et trouva l'on ce que l'on cerchoit: c'estoient les pieces de la lectre. On envoya querir le confesseur du Roy, lequel, après les avoir assemblées sur une table, leut la lectre tout du long, où la verité du mariage tant dissimullé se trouva clairement; car le bastard ne l'appeloit que sa femme. La Royne, qui n'avoit deliberé de couvrir la faulte de son prochain, comme elle debvoit, en feyt ung très grand bruyct, et commanda que, par tous moyens, on feist confesser au pauvre homme la verité de ceste lettre, et que, en la luy monstrant, il ne la pourroit regnier; mais, quelque chose qu'on luy dist ou qu'on luy monstrast, il ne changea son premier propos. Ceulx qui en avoient la garde le menerent au bord de la riviere, et le meirent dedans ung sac, disant qu'il mentoit à Dieu et à la Royne contre la verité prouvée. Luy, qui aymoit mieulx perdre sa vie que d'accuser son maistre, leur demanda ung confesseur, et, après avoir faict de sa conscience le mieulx qu'il luy estoit possible, leur dist: "Messieurs, dictes à Monseigneur le bastard, mon maistre, que je lui recommande la vie de ma femme et de mes enffans, car de bon cueur je mectz la mienne pour son service; et faictes de moy ce qu'il vous plaira, car vous n'en tirerez jamais parolle qui soit contre mon maistre." A l'heure, pour luy faire plus grand paour, le gecterent