Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/171

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Toutesfois, depuis ceste heure-là, ne s'ayda plus le bastard de paige ne d'enfant; et y envoya ung viel serviteur qu'il avoit, lequel, obliant la craincte de la mort dont il sçavoit bien que l'on faisoit menasser, de par la Royne, ceulx qui se mesloient de cest affaire, entreprint de porter lectres à Rolandine. Et, quant il fut entré au chasteau où elle estoit, s'en alla guetter à une porte au pied d'un grand degré où toutes les dames passoient; mais ung varlet, qui autresfoys l'avoit veu, le recongneut incontinant, et l'ala dire au maistre d'hostel de la Royne, qui soubdainement le vint chercher pour le prendre. Le varlet, saige et advisé, voyant que l'on le regardoit de loing, se retourna vers la muraille, comme pour faire de l'eaue, et là rompit ses lettres le plus menu qu'il luy fut possible, et les gecta derrière une porte. Sur l'heure, il fut prins et cherché de tous costez; et, quant on ne luy trouva riens, on l'interrogea par serment s'il avoit apporté nulles lettres, luy gardant toutes les rigueurs et persuasions qu'il fut possible, pour luy faire confesser la verité; mais, pour promesses ne pour menasses qu'on luy feist, jamais n'en sceurent tirer autre chose. Le rapport en fut faict à la Royne, et quelcun de la compaignie s'advisa qu'il estoit bon de regarder derriere la porte auprès de laquelle on l'avoit