Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/175

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Il m'a longuement entretenue et aymée; mais vous, Madame, qui jamais ne me pardonnastes nulle petite faulte, ne me louastes de nul bon euvre, combien que vous congnoissez par experience que je n'ai point accoustumé de parler de propos d'amour ne de mondanité, et que du tout j'estois retirée à mener une vye plus religieuse que autre, avez incontinant trouvé estrange que je parlasse à ung gentil homme aussy malheureux en ceste vie que moy, en l'amityé duquel je ne pensois ny ne cherchois autre chose que la consolation de mon esperit. Et, quant du tout je m'en veidz frustrée, j'entray en tel desespoir, que je deliberay de chercher autant mon repos que vous aviez envye de me l'oster. Et à l'heure eusmes parolles de mariage, lesquelles ont esté consommées par promesse et anneau. Parquoy, il me semble, Madame, que vous me tenez ung grand tort de me nommer meschante, veu que, en une si grande et parfaicte amityé où je povois trouver les occasions si je voulois, il n'y a jamais eu entre luy et moy plus grande privaulté que de baiser, esperant que Dieu me feroit la grace que avant la consommation du mariage je gaingnerois le cueur de Monsieur mon pere à se y consentyr. Je n'ay poinct offensé Dieu, ni ma conscience, car j'ai actendu jusques à l'aage de trente ans, pour veoir ce que vous et Monsieur mon pere feriez pour