Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/187

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une raison, dist Hircan, forgée sur vostre fantaisie, de vouloir soustenir que les femmes honnestes peuvent laisser honnestement l'amour des hommes, et non les hommes, celle des femmes, comme si leurs cueurs estoient differens; mais combien que les visaiges et habitz le soyent, si croy-je que les voluntez sont toutes pareilles, sinon d'autant que la malice plus couverte est la pire." Parlamente, avecq ung peu de collere, luy dist: "J'entends bien que vous estimez celles les moins mauvaises, de qui la malice est descouverte? - Or laissons ce propos-là, dist Simontault, car, pour faire conclusion du cueur de l'homme et de la femme, le meilleur des deux n'en vault riens. Mais venons à sçavoir à qui Parlamente donnera sa voix, pour oyr quelque beau compte? - Je la donne, dist-elle, à Geburon. - Or, puis que j'ay commencé, dist-il, à parler des Cordeliers, je ne veulx oblyer ceulx de Sainct Benoist, et ce qui est advenu d'eulx de mon temps: combien que je n'entendz, en racomptant une histoire d'un meschant religieux, empescher la bonne opinion que vous avez des gens de bien. Mais, veu que le Psalmiste dist que: "Tout homme est menteur"; et, en ung autre endroict: "Il n'en est poinct qui face bien, jusques à ung"; il me semble qu'on ne peut faillyr d'estimer l'homme tel qu'il est; car s'il y a du bien, on le doit attribuer à Celluy qui en est la source, et non à la creature, à laquelle par trop donner de gloire et de louange, on estime de soy quelque chose de bon, la plus part des personnes sont trompé