Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/186

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que ce soit aussi parfaictement. Et gardez-vous bien que nulle ne dye que ceste damoiselle ait offensé son honneur, veu que par sa fermeté elle est occasion d'augmenter le nostre. - En bonne foy, Parlamente, dist Oisille, vous nous avez racompté l'histoire d'une femme d'un très grand et honneste cueur; mais ce qui donne autant de lustre à sa fermeté, c'est la desloyaulté de son mary qui la voulloit laisser pour un autre. - Je croy, dist Longarine, que cest ennuy-là luy fut le plus importable; car il n'y a faiz si pesant, que l'amour de deux personnes bien unyes ne puisse doulcement supporter; mais, quant l'un fault à son debvoir et laisse toute la charge sur l'autre, la pesanteur est importable. - Vous devriez doncques, dit Geburon, avoir pitié de nous, qui portons l'amour entiere, sans que vous y daigniez mectre le bout du doigt pour la soulager. - Ha, Geburon! dist Parlamente, souvent sont differenz les fardeaulx de l'homme et de la femme. Car l'amour de la femme, bien fondée sur Dieu et sur honneur, est si juste et raisonnable, que celluy qui se depart de telle amityé doibt estre estimé lasche et meschant envers Dieu et les hommes. Mais l'amour de la plupart des hommes de bien est tant fondée sur le plaisir, que les femmes, ignorant leurs mauvaises voluntez, se y mectent aucunes fois bien avant; et quant Dieu leur faict congnoistre la malice du cueur de celluy qu'elles estimoient bon, s'en peuvent departir avecq leur honneur et bonne reputation, car les plus courtes follies sont tousjours les meilleures. - Voylà doncques