Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/193

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par desobeissance, le regarda au visaige; elle le trouva si laid, qu'elle pensa faire plus de penitence que de peché à le regarder. Le beau pere, après luy avoir dict plusieurs propos de la grande amityé qu'il luy portoit, luy voulut mectre la main au tetin: qui fut par elle repoulsé comme elle debvoit; et fut si courroucé qu'il lui dist: "Faut-il que une religieuse sçaiche qu'elle ait des tetins?" Elle luy dist: "Je sçay que j'en ay, et certainement, que vous ny autre n'y toucherez poinct; car je ne suis pas si jeune et ignorante que je n'entende bien ce qui est peché de ce qui ne l'est pas." Et, quant il veit que ses propos ne la povoient gaingner, luy en vat bailler d'un autre, disant: "Helas, ma fille, il fault que je vous declaire mon extreme necessité: c'est que j'ay une malladye que tous les medecins trouvent incurable, sinon que je me resjouisse et me joue avecq quelque femme que j'ayme bien fort. De moy, je ne vouldrois, pour mourir, faire ung peché mortel; mais, quant l'on viendroit jusques là, je sçay que simple fornication n'est nullement à comparer à pecher d'homicide. Parquoy, si vous aymez ma vie, en saulvant vostre conscience de crudelité, vous me la saulverez." Elle luy demanda quelle façon de jeu il entendoit faire. Il luy dist qu'elle povoit bien reposer sa conscience sur la sienne, et qu'il ne feroit chose dont l'une ne l'austre fust chargé. Et,