Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/192

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de Gif; auquel lieu se monstra plus austere qu'il n'avoit jamais faict, se courrouçant à toutes les religieuses, reprenant l'une que son voille n'estoit pas assez bas, l'autre qu'elle haulsoit trop la teste, et l'autre qu'elle ne faisoit pas bien la reverence en religieuse. En tous ces petitz cas se monstroit si austere, que l'on le craingnoit comme ung Dieu painct en jugement. Et luy, qui avoit les gouttes, se travailla tant de visiter les lieux reguliers, que, environ l'heure de vespres, heure par luy apostée, se trouva au dortouer. L'abbesse luy dist: "Pere reverend, il est temps de dire vespres." A quoy il respondit: "Allez, mere, allez, faictes les dire; car je suys si las, que je demeureray ici, non pour reposer, mais pour parler à seur Marie, de laquelle j'ay oy très mauvais rapport; car l'on m'a dict qu'elle caquette, comme si c'estoit une mondaine." L'abbesse, qui estoit tante de sa mere, le pria de la vouloir chapitrer, et la luy laissa toute seulle, sinon ung jeune religieux qui estoit avecq luy. Quant il se trouva seul avecq seur Marie, commencea à luy lever le voille, et luy commander qu'elle le regardast. Elle luy respondit que sa reigle luy defendoit de regarder les hommes. "C'est bien dict, ma fille, luy dist-il, mais il ne fault pas que vous estimiez qu'entre nous religieux soyons hommes." Parquoy, seur Marie, craingnant faillir