Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/198

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mal en prison, que les ungs dient qu'il y mourut, et les autres, qu'il le contraingnit de laisser son habit, et de s'en aller hors du royaulme de France; quoy qu'il en soit, jamais depuis on ne le veit.

Quant le prieur estima avoir une telle prise sur seur Marie, s'en alla en la religion où l'abbesse, faicte à sa poste, ne le contredisoit en riens; et là commencea de vouloir user de son auctorité de visiteur, et feit venir toutes les religieuses, l'une après l'autre, en une chambre pour les oyr en forme de visitation. Et, quant ce fut au ranc de seur Marie qui avoit perdu sa bonne tante, il commencea à luy dire: "Seur Marie, vous sçavez de quel crime vous estes accusée, et que la dissimullation, que vous faictes d'estre tant chaste ne vous a de rien servy, car on congnoist bien que vous estes tout le contraire." Seur Marie luy respondit, d'un visaige asseuré: "Faictes-moy venir celluy qui m'accuse, et vous verrez si devant moy il demeurera en sa mauvaise opinion." Il luy dist: "Il ne nous fault autre preuve, puis que le confesseur a esté convaincu." Seur Marie luy dist: "Je le pense si homme de bien, qu'il n'aura poinct confessé une telle mensonge; mais, quant ainsy seroit, faictes-le venir