Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/199

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devant moi et je prouveray le contraire de son dire." Le prieur, voyant que en nulle sorte ne la povoit estonner, luy dist: "Je suis vostre pere, qui desire saulver vostre honneur: pour ceste cause, je remetcz ceste verité à vostre conscience, à laquelle je adjousteray foy. Je vous demande et vous conjure, sur peyne de peché mortel, de me dire verité, assavoir-mon si vous estiez vierge, quant vous fustes mises ceans." Elle luy respondit: "Mon pere, l'aage de cinq ans que j'avois doibt estre seul tesmoing de ma virginité. - Or bien doncques, ma fille, dist le prieur, depuis cest temps-là avez-vous poinct perdu ceste fleur?" Elle lui jura que non, et que jamais ny avoit trové empeschement que de luy. A quoy il dist qu'il ne le povoit croire, et que la chose gisoit en preuve: "Quelle preuve, dist-elle, vous en plaist-il faire? - Comme je faictz aux autres, dist le prieur; car, ainsy que je suis visiteur des ames, aussy suis-je visiteur des corps. Voz abbesses et prieures ont passé par mes mains; vous ne devez craindre que je visite vostre virginité; parquoy, gectez-vous sur le lict, et mectez le devant de vostre habillement sur vostre visaige."