Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/210

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Or, advint, ung jour, que la femme dudict gentil homme, qui estoit belle et non moins saige et vertueuse, avoit faict ung beau filz dont l'amityé que le mary luy portoit augmenta doublement. Et, pour festoyer la commere, envoya querir ung sien beau frere. Et, ainsy que l'heure de soupper approchoit, arriva ung Cordelier, duquel je celeray le nom pour l'honneur de la religion. Le gentil homme fut fort aise, quand il veit son pere spirituel, devant lequel il ne cachoit nul secret. Et, après plusieurs propos tenuz entre sa femme, son beau frere et luy, se meirent à table pour soupper. Durant lequel, ce gentil homme, regardant sa femme, qui avoit assez de beaulté et de bonne grace pour estre desirée d'un mary, commencea à demander tout hault une question au beau pere: "Mon pere, est-il vray que ung homme peche mortellement de coucher avecq sa femme pendant qu'elle est en couche?" Le beau pere, qui avoit la contenance et la parolle toute contraire à son cueur, luy respondit avecq ung visaige collere: "Sans faulte, monsieur, je pense que ce soit ung des grandz pechez qui se facent en mariage, et ne fusse que l'exemple de la benoiste vierge Marie, qui ne voulut entrer au temple jusques après les jours de sa puriffication, combien qu'elle