Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/211

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n'en eut nul besoing, si ne debvriez-vous jamais faillir à vous abstenir d'un petit plaisir, veu que la bonne vierge Marie se abstenoit, pour obeyr à la loy, d'aller au temple où estoit toute sa consolation. Et, oultre cella, messieurs les docteurs en medecine dient qu'il y a grand dangier pour la lignée qui en peult venir." Quant le gentil homme entendit ces parolles il en fut bien marry, car il esperoit bien que son beau pere luy bailleroit congé, mais il n'en parla plus avant. Le beau pere, durant ces propos, après avoir plus beu qu'il n'estoit besoing, regardant la damoiselle, pensa bien en luy-mesmes que, s'il en estoit le mary, il ne demanderoit poinct conseil au beau pere de coucher avecq sa femme. Et, ainsy que le feu peu à peu s'allume tellement qu'il vient à embraser toute la maison, or, pour ce, le frater commencea de brusler par telle concupiscence, que soubdainement delibera de venir à fin du desir, que, plus de trois ans durant, avoit porté couvert en son cueur.

Et, après que les tables furent levées, print le gentil homme par la main, et, le menant auprès du lict de sa femme, luy dist devant elle: "Monsieur, pour ce que je congnois la bonne amour qui est entre vous et ma damoiselle que voicy, laquelle, avecq la grande jeunesse qui est en vous, vous tourmente si fort, que sans faulte