Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/214

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la vie contemplative, avecq la craincte qu'il avoit d'estre congneu, pensa plus à satisfaire au meschant desir dont dès long temps avoit eu le cueur empoisonné, que à luy faire nulle response, dont la dame fut fort estonnée. Et, quant le Cordelier veid approcher l'heure que le mary devoit venir, se leva d'auprès de la damoiselle, et, le plus tost qu'il peust, retourna en sa chambre.

Et, tout ainsy que la fureur de la concupiscence luy avoit osté le dormir, au commencement la craincte, qui tousjours suict la meschancete, ne luy permist de trouver aucun repos, mais s'en alla au portier de la maison et luy dict: "Mon amy, Monsieur m'a commandé de m'en aller incontinant en nostre couvent faire quelques prieres où il a devotion; parquoy, mon amy, je vous prie, baillez moy ma monture, et m'ouvrez la porte, sans que personne en entende rien, car l'affaire est necessaire et secret." Le portier, qui sçavoit bien que obeyr au Cordelier estoit service agreable à son seigneur, luy ouvrit secretement la porte et le mist dehors. En cest instant s'esveilla le gentil homme, lequel, voyant approcher l'heure qui luy estoit donnée du beau pere, pour aller veoir sa femme, se leva en sa robbe de nuyct, et s'en alla coucher vistement, où, par l'ordonnance de Dieu, sans congé d'homme, il povoit aller.