Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/215

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Et quant sa femme l'ouyt parler auprès d'elle, s'en esmerveilla si fort, qu'elle luy dist, ignorant ce qui estoit passé: "Comment, Monsieur! Est-ce la promesse que vous avez faicte au beau pere de garder si bien vostre santé et la myenne, de ce que non seulement vous estes venu icy avant l'heure, mais encores y retournez? Je vous supplie, Monsieur, pensez-y." Le gentil homme fut si troublé d'oyr ceste nouvelle, qu'il ne peut dissimuller son ennuy, et luy dist: "Quels propos me tenez-vous? Je sçay, pour verité, qu'il y a trois sepmaines que je ne couchay avecq vous, et vous me reprenez d'y venir trop souvent! Si ces propos continuoient, vous me feriez penser que ma compaignye vous fasche et me contraindriez, contre ma coustume et voulloir, de chercher ailleurs le plaisir que selon Dieu je doibz prendre avecq vous." La damoiselle, qui pensoit qu'il se mocquast, luy respondit: "Je vous supplie, Monsieur, en cuydant me tromper, ne vous trompez poinct, car, nonobstant que vous n'ayez parlé à moy, quant vous y estes venu, si ay-je bien congneu que vous y estiez." A l'heure le gentil homme congneut que eulx deux estoient trompez, et luy feyt grand jurement qu'il n'y estoit poinct venu. Dont la dame print