Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/223

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Vingt quatriesme nouvelle

Elisor, pour s’estre trop advancé de découvrir son amour à la Royne de Castille, fut si cruellement traité d’elle, en l’esprouvant, qu’elle luy apporta nuysance, puis profit.

En la maison du Roy et Royne de Castille, desquels les noms ne seront dictz, y avoit ung gentil homme si parfaict en toutes beaultez et bonnes conditions qu’il ne trouvoit poinct son pareil en toutes les Espaignes. Chacun avoit ses vertuz en admiration, mais encores plus son estrangeté, car l’on ne congneut jamais qu’il aimast ne print aucune dame. Et si y en avoit en la court en très grand nombre qui estoient dignes de faire brusler sa glace, mais il n’y en eut poinct qui eust puissance de prendre ce gentil homme, lequel avoit nom Elisor.

La Royne, qui estoit femme de grande vertu, mais non du tout exempte de la flamme qui moins