Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/251

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combien que, par sa grande prudence, elle n'en fit ung seul semblant. L'heure du souppé venue, monseigneur d'Avannes, disant adieu à la compaignye, se retira au chasteau où le riche homme sur sa mulle l'accompaigna, et, en allant, lui dist: "Monseigneur, vous avez ce jourd'huy tant faict d'honneur à mes parens et à moy, que ce me seroit grande ingratitude si je ne m'offrois avec toutes mes facultez à vous faire service. Je sçay, Monseigneur, que tel seigneur que vous, qui avez peres rudes et avaritieux, avez souvent plus faulte d'argent que nous, qui par petit train et bon mesnaige ne pensons que d'en amasser. Or est-il ainsy, que Dieu, m'ayant donné une femme selon mon desir, ne m'a voullu doner en ce monde totallement mon paradis, m'ostant la joye que les peres ont des enfans. Je sçay, Monseigneur, qu'il ne m'appartient pas de vous adopter pour tel, mais, s'il vous plaist de me recepvoir pour serviteur et me declarer voz petites affaires, tant que cent mil escuz de mon bien se pourront estandre, je ne fauldray vous secourir en vos necessitez." Monseigneur d'Avannes fut fort joieulx de cest offre, car il avoit ung pere tel que l'autre luy avoit dechiffré, et après l'avoir mercié, le nomma, par alliance, son pere.

De ceste heure-là, le dict riche homme print telle