Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/309

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tant avecq ce Cordelier; et dist à l'autre chamberiere: "Allez veoir à quoy il tient que vostre compaigne ne vient?" La chamberiere s'en vat, et, si tost que le beau pere la veit, il la tira à part en ung coing, et feit comme de sa compaigne. Et, quant il se veid seul en la maison, s'en vint à la damoiselle et luy dist qu'il y avoit longtemps qu'il estoit amoureux d'elle et que l'heure estoit venue qu'il falloit qu'elle luy obeist. La damoiselle, qui ne s'en fust jamais doubtée, luy dist: "Mon pere, je croy que si j'avois une volunté si malheureuse, que me vouldriez lapider le premier." Le religieux luy dist: "Sortez en ceste court, et vous verrez ce que j'ay faict." Quant elle veid ses deux chamberieres et son varlet mortz, elle fut si très effroyée de paour, qu'elle demeura comme une statue sans sonner mot. A l'heure, le meschant, qui ne vouloit poinct joyr pour une heure, ne la voulut prendre par force, mais lui dist: "Mademoiselle, n'ayez paour; vous estes entre les mains de l'homme du monde qui plus vous ayme." Disant cella, il despouilla son grand habit, dessoubz lequel en avoit vestu ung petit, lequel il presenta à la damoiselle, en luy disant que, si elle ne le prenoit, il la mectroit au rang des trespassez qu'elle voyoit devant ses oeilz.

La damoiselle, plus morte que vive, delibera de