Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/310

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faindre luy vouloir obeyr, tant pour saulver sa vye que pour gaingner le temps qu'elle esperoit que son mary reviendroit. Et, par le commandement du dict Cordelier, commencea à se descoueffer le plus longuement qu'elle peut; et quant elle fut en cheveulx, le Cordelier ne regarda à la beaulté qu'ilz avoient, mais les couppa hastivement; et ce faict, la feit despouiller tout en chemise et lui vestit le petit habit qu'il portoit, reprenant le sien accoustumé; et le plus tost qu'il peut, s'en part de leans, menant avecq luy son petit Cordelier que si long temps il avoit desiré. Mais Dieu, qui a pitié de l'innocent en tribulation, regarda les larmes de ceste pauvre damoiselle, en sorte que le mary, ayant faict ses affaires plus tost qu'il ne cuydoit, retourna en sa maison par le mesme chemyn où sa femme s'en alloit. Mais, quant le Cordelier l'apparceut de loing, il dist à la damoiselle: "Voici votre mary que je voy venir! Je sçay que, si vous le regardez, il vous vouldra tirer hors de mes mains; parquoy marchez devant moy et ne tournez la teste nullement du cousté de là où il yra, car, si vous faictes un seul signe, j'auray plus tost mon poignart en vostre gorge, qu'il ne vous aura delivrée de mes mains." En ce disant, le gentil homme approcha et luy demanda d'ont il venoit; il luy dist: "De vostre