Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/321

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Au demorant, je la traicte comme moy-mesmes synon qu'elle vat tondue, car l'arraiement des cheveulx n'apartient à l'adultaire, ny le voyle à l'impudicque. Parquoy s'en vat rasée, monstrant qu'elle a perdu l'honneur de la virginité et pudicité. S'il vous plaist de prendre la peyne de la veoir, je vous y meneray."

Ce que feit voluntiers Bernaige: lesquelz descendirent à bas et trouverent qu'elle estoit en une tres belle chambre, assise toute seulle devant ung feu. Le gentil homme tira ung rideau qui estoit devant une grande armoyre, où il veid penduz tous les oz d'un homme mort. Bernaige avoit grande envie de parler à la dame, mais, de paour du mary, il n'osa. Le gentil homme, qui s'en apparceut, luy dist: "S'il vous plaist luy dire quelque chose, vous verrez quelle grace et parolle elle a. Bernaige luy dist à l'heure: Madame, vostre patience est egalle au torment. Je vous tiens la plus malheureuse femme du monde." La dame, ayant la larme à l'oeil, avecq une grace tant humble qu'il n'estoit possible de plus, luy dist: "Monsieur, je confesse ma faulte estre si grande, que tous les maulx, que le seigneur de ceans (lequel je ne suis digne de nommer mon mary) me sçauroit faire, ne me sont riens au prix du regret que j'ay de l'avoir offensé."