Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/329

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la fin de la messe, le curé print le Corpus Domini, et, en la presence de toute l'assistance dist à sa seur: "Malheureuse, que tu es, voicy Celluy qui a souffert mort et passion pour toy; devant lequel je te demande si tu es vierge, comme tu m'as tousjours asseuré?" Laquelle hardiment luy respondit que ouy. "Et comment doncques est-il possible que tu sois grosse et demeurée vierge?" Elle respondit: "Je n'en puis randre autre raison, sinon que ce soit la grace du Sainct Esperit, qui faict en moy ce qu'il lui plaist; mais, si ne puis-je nyer la grace que Dieu m'a faicte, de me conserver vierge; et n'euz jamais volunté d'estre maryée." A l'heure, son frere luy dist: "Je te bailleray le corps pretieux de Jesus-Christ, lequel tu prendras à ta damnation, s'il est autrement que tu me le dis, dont Messieurs, qui sont icy presens de par Monseigneur le Conte, seront tesmoings." La fille, aagée de près de trante ans, jura par tel serment: "Je prendz le corps de Nostre Seigneur, icy present devant vous, à ma damnation, devant vous, Messieurs, et vous, mon frere, si jamais homme m'a toucha non plus que vous!" Et, en ce disant, receut le corps de Nostre Seigneur. Le maistre des requestes et aulmosnier du Conte, ayans veu cella, s'en allerent tous confuz, croyans que avecq tel serment mensonge ne sçauroit avoir lieu. Et en feirent le rapport au Conte, le voulant