Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/350

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ceste foy, que, si vous mectez la main sur elle, que le diable s'en ira, dont je vous prie autant que je puis." Le beau pere dist: "Mon fils, toute chose est possible au croyant. Croiez-vous pas fermement que la bonté de Dieu ne refuse nul qui en foy luy demande grace? - Je le croy, mon pere, dist le gentil homme. - Asseurez-vous aussy, mon filz, dist le Cordelier, qu'il peut ce qu'il veut et qu'il n'est moins puissant que bon. Allons, fortz en foy, pour resister à ce lyon rugissant, et luy arrachons la proye qui est acquise à Dieu par le sang de son filz Jesus-Christ." Ainsy le gentil homme mena cest homme de bien, où estoit sa femme couchée sur ung petit lict; qui fut si estonnée de le veoir, pensant que ce fust celluy qui l'avoit battue, qu'elle entra en merveilleuse collere; mais, pour la presence de son mary, baissa les oeilz et devint muette. Le mary dist au sainct homme: "Tant que je suis devant elle, le diable ne la tormente gueres; mais, si tost que je m'en iray, vous luy gecterez de l'eau benoiste, vous verrez à l'heure le malin esperit faire son office." Le mary le laissa tout seul avecq sa femme et demeura à la porte, pour veoir leur contenance. Quant elle ne veid plus personne que le beau pere, elle commencea à cryer comme femme hors du sens en l'apellant meschant, villain, meurtrier,