Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/357

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est-ce que je ne veulx, pour vous, que ma maison soit deshonorée et les filles que j'ay eu de vous desavancées. Parquoy, dist-il, je vous commande que vous ne pleurez poinct, et oyez ce que je feray; et vous, Nicolas, cachez-vous en mon cabinet, et ne faictes ung seul bruict." Quant il eut ainsy faict, vat ouvrir la porte et appela son viel serviteur, et luy dist: "Ne m'as-tu pas asseuré que tu me monstrerois Nicolas avecq ma femme? Et, sur ta parolle, je suys venu icy en dangier de tuer ma pauvre femme; je n'ay rien trouvé de ce que tu m'as dict. J'ay cherché par toute ceste chambre, comme je te veulx montrer; et, en ce disant, feit regarder son varlet soubz les lictz et par tous coustez." Et quant le varlet ne trova rien, tout estonné, dist à son maistre: "Il fault que le diable l'ait emporté, car je l'ay veu entrer icy, et si n'est poinct sailly par la porte, mais je voy bien qu'il n'y est pas." A l'heure, le maistre luy dist: "Tu es bien malheureux serviteur, de vouloir mectre entre ma femme et moy une telle division: parquoy, je te donne congé de t'en aller, et, pour tous les services que tu m'as faictz, te veulx paier ce que je te doibz et davantaige; mais va t'en bien tost et te garde d'estre en ceste ville vingt quatre heures passées." Le President luy donna cinq ou six paiemens des