Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/358

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années à advenir, et, sçachant qu'il estoit loyal, esperoit luy faire autre bien. Quant le serviteur s'en fut allé pleurant, le President feit saillyr Nicolas de son cabinet, et, après avoir dict à sa femme et à luy ce qu'il luy sembloit de leur meschanceté, leur defendit d'en faire aucun semblant à personne; et commanda à sa femme de s'abiller plus gorgiasement qu'elle n'avoit accoustumé et se trouver en toutes compaignies, dances et festes, et à Nicolas, qu'il eust à faire meilleure chere qu'il n'avoit faict auparavant, mais que, si tost qu'il luy diroit à l'oreille: Va t'en! qu'il se gardast bien de demeurer à la ville trois heures après son commandement. Et, ce faict, s'en retourna au Palais, sans faire semblant de rien. Et durant quinze jours, contre sa coustume, se meist à festoier ses amys et voisins. Et, après le banquet, avoit des tabourins pour faire dancer les dames. Ung jour, il voyoit que sa femme ne dansoit poinct, commanda à Nicolas de la mener dancer, lequel, cuydant qu'il eust oblyé les faultes passées, la mena dancer joieusement. Mais, quant la dance fut achevée, le President faingnant luy commander quelque chose en sa maison, luy dist à l'oreille: "Va t'en et ne retourne jamays!" Or, fut Nicolas bien marry de laisser sa dame, mais non moins joieulx d'avoir la vie saulve. Après que le President eut mis, en l'opinion de