Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/359

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tous ses parens et amys et de tout le païs, la grande amour qu'il portoit à sa femme, ung beau jour du moys de may, alla cuyllir en son jardin une sallade de telles herbes, que, si tost que sa femme en eust mangé, ne vesquit pas vingt quatre heures: dont il feit si grand deuil par semblant, que nul ne povoit soupsonner qu'il fut occasion de ceste mort; et, par ce moien, se vangea de son ennemy et saulva l'honneur de sa maison.

"Je ne veulx pas, mes dames, par cela, louer la conscience du President, mais, oy bien, monstrer la legiereté d'une femme, et la grand patience et prudence d'un homme; vous suppliant, mes dames, ne vouz courroucer de la verité qui parle quelquefois aussi bien contre vous que contre les hommes. Et les hommes et les femmes sont commungs aux vices et vertuz. - Si toutes celles, dist Parlamente, qui ont aymé leurs varletz estoient contrainctes à manger de telles sallades, j'en congnois qui n'aymeroient poinct tant leurs jardins comme elles font, mais en arracheroient les herbes pour eviter celle qui rend l'honneur à la lignée par la mort d'une folle mere." Hircan, qui devinoit bien pourquoy elle le disoit, respondit en collere: "Une femme de bien ne doibt jamais juger ung autre de ce qu'elle ne vouldroit faire." Parlamente