Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/362

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nous appellons Dieu à nostre ayde, nous prenons son nom en vain; mais, s'il y a peché, vous seules en debvez porter la peyne, car vos incredulitez nous contraingnent à chercher tous les sermens dont nous pouvons adviser. Et encores, ne povons-nous allumer le feu de charité en voz cueurs de glace. C'est signe, dist Longarine, que tous vous mentez, car, si la verité estoit en vostre parolle, elle est si forte, qu'elle vous feroit croyre. Mais il y a dangier que les filles d'Eve croyent trop tost ce serpent. - J'entendz bien, Parlamente, dist Saffredent, que les femmes sont invinsibles aux hommes; parquoy je me tairay, afin d'escouter à qui Ennasuitte donnera sa voix. - Je la donne, dist-elle, à Dagoucin, car je croy qu'il ne vouldroit poinct parler contre les dames. - Pleust à Dieu, dist Dagoucin, qu'elles respondissent autant à ma faveur, que je vouldrois parler pour la leur! Et, pour vous monstrer que je me suis estudyé de honorer les vertueuses en ramentevant leurs bonnes œuvres, je vous en voys racompter une; et ne veulx pas nyer, mes dames, que la patience du gentil homme de Pampelune et du Président de Grenoble n'ait esté grande, mais la vengeance n'en a esté moindre.

Et quant il fault louer ung homme vertueux, il ne fault poinct tant donner de gloire à une seulle vertu, qu'il faille la faire servir de manteau à couvrir ung très grand vice; mais celluy est louable, qui, pour l'amour de la vertu seulle, faict œuvre vertueuse, comme