Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/376

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faire si bien traicter son mary aux champs, que, ce pendant qu'il yroit, elle eut le loisir de le bien traicter en la ville!" - Or ça, dist Oisille, vous monstrez bien la malice en vostre cueur: d'un bon acte, faictes ung mauvais jugement. Mais je croy plus tost qu'elle estoit si mortiffyée en l'amour de Dieu, qu'elle ne se soulcioit plus que du salut de l'ame de son mary. - Il me semble, dist Simontault, qu'il avoit plus d'occasion de retourner à sa femme quant il avoit froid en sa mestayrie, que quant il y estoit si bien traicté. - A ce que je voy, dist Saffredent, vous n'estes pas de l'opinion d'un riche homme de Paris, qui n'eut sceu laisser son accoustrement, quant il estoit couché avecq sa femme, qu'il n'eust esté morfondu; mais, quant il alloit veoir sa chamberiere en la cave, sans bonnet et sans souliers, au fons de l'yver, il ne s'en trouvoit jamais mal; et si estoit sa femme bien belle et sa chamberiere bien layde. - N'avez-vous pas oy dire, dist Geburon, que Dieu ayde tousjours aux folz, aux amoureux et aux yvroignes? Peut estre que cestuy-là estoit luy seul tous les trois ensemble. - Par cela, vouldriez-vous conclure, dist Parlamente, que Dieu nuyroit aux sages, aux chastes et aux sobres? Ceulx qui par eulx-mesmes se peuvent ayder n'ont poinct besoing d'ayde. Car Celluy qui a dist qu'il est venu pour les mallades, et non poinct pour les sains, est venu par la loy de sa misericorde secourir à noz infirmitez, rompant les arrestz de la rigueur de sa justice. Et qui se cuyde saige est fol devant Dieu.