Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/381

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entreprendre ce beau mistere, pour chasser hors de la maison maistre et maistresse, afin que, eulx deux, qui en avoient toute la garde, eussent moien de faire grande chere: ce qu'ilz faisoient, quant ilz estoient tous seulz. Monseigneur de Grignaulx, qui estoit homme assez rude, commanda qu'ilz fussent batuz en sorte qu'il leur souvint à jamais de l'esperit; ce qui fut faict, et puis chassez dehors. Et, par ce moien, fut delivrée la maison du torment des esperitz qui deux ans durant y avoient joué leur roolle.

"C'est chose esmerveillable, mes dames, de penser aux effectz de ce puissant dieu Amour, qui, ostant toute craincte aux femmes, leur aprend à faire toute peyne aux hommes pour parvenir à leur intention. Mais, autant que est vituperable l'intention de la chamberiere, le bon sens du maistre est louable, qui sçavoit très bien que l'esperit s'en vat et ne retourne plus. - Vrayement, dist Geburon, Amour ne favorisa pas à ceste heure là le varlet et la chamberiere; et confesse que le bon sens du maistre luy servyt beaucoup. - Toutesfois, dist Ennasuitte, la chamberiere vesquit longtemps, par sa finesse, à son aise. - C'est ung aise bien malheureux, dist Oisille, quant il est fondé sur peché, et prent fin par honte de pugnition. - Il est vray, ma dame, dist Ennasuitte, mais beaucoup de gens ont de la douleur et de la peyne pour vivre justement, qui n'ont pas le sens d'avoir en leur vie tant de plaisir que ceulx icy. -