Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/48

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


qui luy randoit sa passion si importable, que, pour ne l’oser declarer, tomba quasi esvanouy, en luy disant adieu, en une si grande sueur universelle, que non ses oeilz seullement, mais tout le corps, jectoient larmes. Et, ainsy, sans parler, se departyt, dont la dame demora fort estonnée; car elle n’avoit jamais veu ung tel signe de regret. Toutesfois, poinct ne changea sonbon jugement envers luy et l’accompaigna de prieres et oraisons. Au bout d’un mois , ainsy que la dame retournoit en son logis, trouva ung gentil homme qui luy presenta une lettre de par le cappitaine, la priant qu’elle la voulust veoir à part; et luy dist comme il l’avoit veu embarquer, bien deliberé de faire chose agreable au Roy et à l’augmentation de la chrestienté; et que, de luy, il s’en retournoit à Marseille, pour donner ordre aux affaires du dict cappitaine. La dame se retira à une fenestre à part, et ouvrit sa lettre, de deux feuilles de papier escriptes de tous costez,en laquelle y avoit l’epistre qui s’ensuict:

Mon long celer, ma taciturnité
Apporté m’a telle necessité,
Que je ne puis trouver nul reconfort,
Fors de parler ou de souffrir la mort
Ce Parler-là, auquel j’ay defendu
De se monstrer à toy, a actendu