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guère d’autre costume que son uniforme de marin, gardant pour Stamboul le costume turc plus commode et plus esthétique que les vêtements des Occidentaux.

Il est dans la maison familiale de Loti un coin que ce dernier a voulu garder intact. C’est l’étroit jardin avec son bassin, son berceau de lierre et de chèvrefeuille, son vieux banc sous les jasmins et son grenadier presque centenaire qui se couvre en été de fleurs d’écarlate.

Loti a décrit ce coin avec amour dans un petit livre précieux pour tous ceux qui ont le désir de connaître les détails de son enfance.

Elle fut, cette enfance, extrêmement pauvre en événements et seulement riche de rêves, rêves d’ailleurs terrestres, rêves d’ailleurs mystiques, premiers rêves d’amour à peine ébauchés. Tout le Loti futur est déjà dans ce gamin très choyé par son père, sa mère, ses tantes, sa sœur aînée et son frère le marin qui, à de rares intervalles, reparaît au logis paternel qu’il encombre de souvenirs exotiques. Les premières années de Loti s’écoulent uniformes dans un milieu grave où les maîtres et les serviteurs font le soir la prière en commun. L’une des tantes seule est une catholique ardente.

Pour distraction, l’enfant a les promenades. Il accompagne son père et sa sœur tantôt dans le jardin de la marine, tantôt hors des remparts dans la campagne monotone où parfois la petite ligne bleuâtre de la mer se dessine à l’horizon. En outre, tous les jeudis il se rend à la campagne et