Page:Marivaux - Œuvres complètes, édition Duviquet, 1825, tome 2.djvu/503

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SCÈNE IV.


COLETTE

Ça est bien obligeant.


MERLIN

Ne vous êtes-vous pas aperçue du plaisir que j’ai à vous voir ?


COLETTE

Oui ; mais je n’ose pas bonnement m’apercevoir de ce plaisir-là, à cause que j’y en prendrais trop de mon côté.


MERLIN, interrompant.

Doucement, Colette ; il n’est pas décent de vous déclarer si vite.


COLETTE

Dame ! comme il faut avoir d’l’amiquié pour vous dans cette affaire-là, j’ai cru qu’il n’y avait point de temps à perdre.


MERLIN

Attendez que je me déclare tout à fait, moi.


BLAISE, interrompant de son siège.

Voyez en effet comme alle se presse ; an dirait qu’alle y va de bon jeu ; je crois que ça m’annonce du guignon.


LISETTE, assise et interrompant.

Je n’aime pas trop cette saillie-là non plus.


MERLIN

C’est qu’elle ne savait pas mieux faire.


COLETTE

Eh bien ! velà ma pensée tout sens dessus dessous ; pisqu’ils me blâment, je sis trop timide pour aller en avant, s’ils ne s’en vont pas.