Page:Marsollier et Chazet - Le joueur d'échecs, vaudeville en un acte, 1801.djvu/6

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SCAPIN.

À quoi s’occupe-t-il ordinairement ?


NIGAUDIN.

À boire, manger, dormir, me quereller, gronder sa fille ; cela lui fait passer le tems, à cet homme.


SCAPIN.

Gronder sa fille ! pourquoi ?


NIGAUDIN.

Pourquoi ! parce qu’elle a pris dans les départemens une passion pour un jeune officier, un petit ſat……


SCAPIN, à part.

C’est mon maître !


NIGAUDIN.

Et qu’il ne veut pas le lui donner pour mari. La demoiselle est triste, le père de mauvaise humeur ; tout ça fait que je ne m’amuse pas du tout, moi.


SCAPIN.

Mais on m’avait dit qu’il était venu à Paris pour un motif…… singulier ?


NIGAUDIN.

Ah ! vous savez ça ? Oui, il aime à la fureur un jeu qu’on nomme les ouchets… les onchets…… des petits machins qu’on pousse. Les voilà, tenez.


SCAPIN.

Des échecs !


NIGAUDIN.

Oui, des échecs : c’est bête comme tout ; mais enfin, ça le divertit. Il est si mauvais joueur, qu’il ne peut plus trouver personne qui veuille faire sa partie, pas même moi, qui ne sais pas le jeu. Il a lu dans les papiers, qu’il y avait à Paris un oro… un oto… un autre tomate, qui jouait toute la journée à volonté. Il est venu tout exprès pour voir le prodige ; et v’là, quand il est arrivé, qu’il a appris que le prodige était parti, et qu’on ne le voyait plus ; ce qui le désespère.