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les cévennes

Il fallait traiter de même un département français, la Lozère, vis-à-vis duquel il y avait une grande injustice à réparer.

On lit, en effet, dans les géographies, que la Lozère est le plus pauvre des départements de France, et la statistique, parlant en chiffres, leur donne raison [1] : assurément les ressources économiques semblent lui avoir été refusées (car les produits des mines de plomb de Vialas s’écoulent vers le bassin du Rhône et enrichissent plutôt les populations du Gard) ; l’industrie, le commerce et l’agriculture n’y fleurissent guère (très montagneux, c’est peut-être celui dont l’altitude moyenne est la plus élevée [2]) ; les Hautes-Alpes et les Basses-Alpes sont seules moins peuplées [3] !… Mais ce que la statistique, la géologie, la géographie même, n’ont pas reconnu, ce que les simples promeneurs ont établi, c’est que la Lozère s’élève justement au premier rang par ses curiosités naturelles et scientifiques.

Sous le rapport de la topographie pure, une véritable découverte géographique a été faite en 1883 seulement dans les Causses : Montpellier-le-Vieux.

Montpellier-le-Vieux est une espèce de ville de rochers d’apparence artificielle, construite, puis ruinée par le travail des eaux courantes et des météores, une sorte de Pompéia ou de Karnac gigantesque et naturelle.

Bien que situé à 12 kilomètres seulement à l’est de Millau (Aveyron), bien que couvrant une surface de 600 hectares, ce chaos de pierres avait échappé jusqu’en 1883 aux touristes et aux géographes et ne figure sur la carte de l’état-major français que depuis le mois de février 1889.

On s’en fera une faible idée en imaginant la triple combinaison des sites célèbres de la forêt de Fontainebleau, des falaises du pays de Caux et de la Suisse saxonne.

  1. TABLEAU DES QUATRE DEPARTEMENTS LES MOINS ET LES PLUS PEUPLES DE FRANCE (chiffres de 1888).
    DÉPARTEMENTS NOMBRE
    d’habitants
    par
    kilomètre
    carré
    POPULATION
    en 1886
    NOMBRE
    de
    communes
    revenus
    annuels
    NOMBRE
    de
    communes
    possédant
    un octroi
    PRODUITS
    ordinaires
    des octrois
    Hautes-Alpes 6,122 122,024 189 640,056 08 212,810
    Basses-Alpes 6,119 120,404 250 480,627 10 162,954
    Lozère 6,127 141,264 107 140,596 02 51,535
    Pyrénées-Orientales
     
    6,151
     
    211,187
     
    231
     
    964,606
     
    22
     
    573,718
     
    Seine-Inférieure 6,138 833,386 759 12,373,390 25 7,921,098
    Pas-de-Calais 6,129 853,526 903 5,645,048 29 3,453,421
    Nord 6,294 1,670,184 665 19,564,320 70 11,803,450
    Seine 6,185 2,961,089 75 238,886,433 40 142,308,622

    Autres revenus de moins de 600,000 francs : Creuse, 448,443 ; Lot, 494,072 ; Corrèze, 591,456.

    Autres revenus de plus de 5 millions : Seine-et-Oise, 5,185,789 ; Gironde, 9,950,249 ; Rhône, 12,425,063 ; Bouches-du-Rhône, 14,929,088.

    Autre octroi de moins de 200,000 francs : Creuse, 131,926.

    Autres octrois de plus de 3 millions : Loire, 3,061,035 ; Gironde, 5,186,276 ; Rhône, 8,570,000 ; Bouches-du-Rhône, 9,164,812

    (D’après la Situation financière des communes en 1888, publication du ministère de l’intérieur. Melun, 1888, in-8o, 692 p.)

  2. Sur 197 communes, 136 sont à une altitude supérieure à 800 mètres, et 7 seulement plus basses que 400 mètres. Aussi (sauf au fond des vallons) le climat est-il extrême : hiver glacial, été brûlant.
  3. Population de la Lozère : 1696, 150,000 ; — 1798, 132,502 ; — 1801, 126,503 ; — 1806, 141,322 ; — 1816, 143,247 ; — 1820, 133,934 ; — 1828, 138,778 ; — 1831, 140,347 ; — 1836, 141,733 ; — 1841, 140,788 ; — 1846, 143,331 ; — 1851, 144,705 ; — 1856, 140,819 ; — 1861, 137,367 ; — 1866, 137,263 ; — 1872, 135,190 ; — 1876, 138,319 ; — 1881 143,565 ; — 1886, 141,264. (Annuaire du Bureau des longitudes.)