Page:Martel - Les Cévennes et la région des causses, 1893.djvu/135

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les cévennes

on dirait que les eaux, après avoir édifié, sculpté, ciselé cette ville enchantée, ont voulu rentrer sous terre de peur d’abîmer leur chef-d’œuvre !

Malgré cette sécheresse, une végétation luxuriante égaye Montpellier-le-Vieux, tout comme l’ermitage Saint-Michel : les pluies suffisent à abreuver des arbres énormes, pins sylvestres, chênes et hêtres, que les proportions démesurées des rochers font prendre, sur les photographies ou les gravures, pour de maigres arbrisseaux. Les houx et les ronces grimpent à l’assaut des murs et des colonnes ; les lierres venus entre les fissures profondes ont des racines grosses comme le corps d’un homme, et, parvenus à la lumière, étendent sur les surfaces rocheuses leur tapis moelleux et brillant au soleil.

Cependant la profusion des broussailles n’empêche pas la circulation : presque partout, dans Montpellier-le-Vieux, on peut passer sans effort ; la plus amusante et élémentaire des gymnastiques suffit pour forcer presque tous les couloirs, escalader les plus hauts pinacles, se glisser dans les fentes étroites. De tous côtés on accède aisément au cœur de la cité, soit par Maubert et le causse Noir, soit par la vallée de la Dourbie et les ravins qui descendent des cirques : à mulet même on peut effectuer la visite des plus beaux quartiers.

Les botanistes trouveront un champ fertile dans Montpellier : l’arbousier officinal, aux baies rouges employées dans la thérapeutique ancienne (et à bon escient délaissées aujourd’hui), reluit joyeusement dans toutes les fentes, tapisse les creux et drape les parois.

« Les sables qui ont comblé les rues et les arènes constituent une couche siliceuse d’où le calcaire est presque absent. Une flore toute spéciale[1] donne à ce sol une verdure inconnue à la région des Causses, et ces ruines sont en bien des endroits couvertes de plantes alpines, parmi lesquelles la plus remarquable par ses belles touffes d’un vert sombre émaillées tantôt de fleurs blanches, tantôt de fruits d’un rouge vif, est une variété d’arbousier connu vulgairement sous le nom de raisin d’ours. » (De Malafosse.)

Mais « ces terrains meubles sont peu favorables aux pâturages ; presque partout l’herbe manque. » (Trutat.)

Au point de vue géologique, c’est comme phénomène de ruissellement que ce site est remarquable.

Parmi les exemples frappants de la dégradation et de l’altération de la surface du sol par le travail mécanique des eaux sauvages (érosion, ruissellement, etc.), les traités de géologie citent d’habitude les pyramides de terre du Finsterbach, près Bozen (Tyrol), des Cheminées des Fées, à Saint-Gervais (Haute-Savoie), du bassin de la Durance, dans les boues glaciaires ; celles de la Vallée des Saints, près Boudes (Puy-de-Dôme), dans l’argile éocène ; celles du Rio-Grande (Colorado, États Unis), dans les tufs trachytiques ; les piliers et les arcades de la Suisse saxonne, dans les grès, et de Mourèze (Hérault), dans les dolomies (V. chap. XIII). Mais aucun de ces sites n’est une manifestation aussi éclatante que Montpellier-le-Vieux de la force corrosive de l’eau ; leurs aiguilles et colonnes sont de proportions plus réduites et ne couvrent pas une aussi grande surface.

Montpellier-le-Vieux est en entier compris dans une dolomie sableuse ba-

  1. Anemone montana, Ranunculus gramineus, Heris saxatilis, Adonis flammea, Myagrum perfoliatum, Arenaria tetraquelra, Cytisus argenteus, Sorbus aria, Centrantlhus angustifolius, Phyteuma orbiculare, Arctostaphylos, Uva ursi, Euphorbia characias, Neottia Nidus avis, Phleum arenarium, Festuca duriuscula, Slipa torlilis, Slipa juncea, Slipa pennata, Polypodium dryopteris, etc.