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les cévennes

ions scientifiques que ceux déjà établis depuis longtemps au pic du Midi de Bigorre, au puy de Dôme, au mont Ventoux.

« Parmi les nombreux et magnifiques phénomènes de météorologie observables sur l’Aigoual, surnommé le château d’eau de la contrée, il en est un assez fréquent, que l’on peut étudier surtout au printemps, et dont voici la manifestation la plus ordinaire. Après une nuit calme et sereine, toute la région du midi se trouve, au matin, couverte de nuages peu élevés dans l’atmosphère et que l’on aperçoit du sommet de la montagne par leur surface supérieure. Cette surface est couverte d’inégalités, auxquelles le soleil levant donne plus de relief, en accentuant les ombres et les parties éclairées ; on dirait une vaste mer naguère agitée, dont les vagues sont restées tout à coup immobiles dans un surprenant et majestueux équilibre. De rares sommets émergent de cette mer silencieuse ; le mont Ventoux apparaît au loin, comme un Ténériffe vivement éclairé par le soleil levant. Un pareil spectacle ne dure pas longtemps et se termine par une ascension lente des nuages, qui bientôt cachent le soleil et couvrent la montagne d’une pluie fine et froide, parfois mêlée de neige. Ce phénomène, qui, je le répète, n’est pas rare sur l’Aigoual, se produit surtout au début des grandes variations atmosphériques ; il est ordinairement amené par un léger courant du midi, humide et froid[1]. »

L’Aigoual a deux sommets, distants de 2 kilomètres : l’un, de 1,564 mètres, au nord l’autre, de 1,567 mètres, au sud. Celui-ci est le signal de l’Hort-Dieu, couronné par la tour de Cassini, qui forme niche ; la vallée de l’Hérault tombe à pic, mais une croupe porte un champ de fleurs, vrai paradis des botanistes[2], l’Hort-Dieu (jardin de Dieu) (1,304 m.). Un troisième dôme a 1,539 mètres.

On n’est pas d’accord sur les conditions dans lesquelles on a le plus de chance de jouir au sommet d’une belle vue. Pour les uns, il est assez rare de contempler entier le panorama de l’Aigoual ; et monter au lever du soleil, ainsi que le font parfois des touristes de Montpellier et de Nîmes, c’est presque toujours se préparer une déception. Il est préférable de faire l’ascension au milieu du jour, en choisissant autant que possible une journée de vent du nord.

Pour les autres, au contraire, c’est le matin et le soir seulement, quand le soleil est bas sur l’horizon, qu’on peut distinguer la Méditerranée et les sommets lointains des Pyrénées orientales et des basses Alpes.

En fait, quand le vent du nord soutient les nuages et les chasse vers la mer, la vue est splendide : au sud, au-delà des massifs de Lespérou, d’Aulas et du Lingas, s’étend la Méditerranée, vivement éclairée, qui écume sur le brise-lames de Cette, tandis qu’un peu plus à l’est, le pic Saint-Loup se dresse comme une grandiose borne. Les villes, les villages de la plaine, font briller au soleil leurs maisons blanches sur un sol fauve ; à l’ouest-sud-ouest sont le Canigou et les Pyrénées, et, se profilant au sud, les côtes du Roussillon et de la Catalogne, séparées et dominées par les Albères. À l’est se montrent le mont Ventoux, les Alpines ou Alpilles, les Alpes maritimes ; au nord et à l’est, au

  1. V. M. Scipion Bricka fils, Association française pour l’avancement des sciences, compte rendu de la huitième session, à Montpellier, en 1879, p. 514; — M. Viguier, Ibid., p. 516; — M. le colonel Perriet, Académie des sciences, mai 1883 : Journal officiel du 4 juin 1883; — Constatations des phénomènes météoriques, le mont Aigoual et le mont Lozère, par M. Viguier : Bull. de la Soc. languedocienne de géographie ; 1884, Montpellier ; — L’Observatoire de l’Aigoual, par J.-Léon Soubeiran : Bulletin ibid., 1883; — G. Fabre, l’Observatoire de l’Aigoual, Bull. de la Soc. d’études des sciences naturelles de Nîmes, 1888, 28 p.
  2. Planchon, Flore de l’Aigoual : Bull. de la Soc. languedocienne de géographie, t. II, p. 471.