Page:Martel - Les Cévennes et la région des causses, 1893.djvu/250

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cévennes et camisards

superbe au bord de ce plateau, moins élevé (1,020, 1,044, 984, 1,112, 1,057 m.) que le causse Méjean (1,278, 1,250, 1,230, 1,220, 1,211 m.); on plonge d’un côté sur le Tarnon et les bastions de sa rive gauche, de l’autre sur les gorges déchiquetées de Barre-des-Cévennes et de Valborgne; au sud, l’Aigoual dresse assez fièrement sa tête à 500 mètres au-dessus de la ligne européenne de partage des eaux. Là encore les météores atmosphériques ont taillé de bizarres édifices : de larges chapeaux calcaires coiffent et débordent de grêles supports schisteux[1] ; c’est la forme des tables de glaciers ; plusieurs de ces gigantesques champignons ont basculé sur leurs tiges désagrégées, et sont inclinés aujourd’hui comme des dolmens écroulés : le plateau de l’Hospitalet n’est pas moins pittoresque que scientifique.

De cette deuxième voie s’en détachent plusieurs autres vers l’est (toutes gagnent Alais ou une station quelconque du chemin de fer de Clermont à Nîmes). Du Pompidou, elle traverse ensuite les deux chefs-lieux de canton de Saint-André-de-Valborgne(Gard) (1,704 hab. la comm., 1,013 aggl.) et Saint-Jean-du-Gard (Gard) (3,712 hab. la comm., 2,583 aggl.), avec leurs beaux défilés de micaschiste et la fissure volithique d’Anduze (4,069 hab. la comm., 3,207 aggl.), par où s’est vidé un ancien lac de Gardon. C’est actuellement la voie postale, mais non le chemin le plus court de Paris au Tarnon[2] ; d’ailleurs, la voiture publique d’Anduze voyage la nuit ; et tant que les locomotives ne siffleront pas à Florac[3] et qu’il faudra traverser les Cévennes à pied ou en diligence, il est bien à craindre que leurs jolies gorges, non moins confusément enchevêtrées que celles des monts du Vigan, restent trop peu fréquentées.

De Meyrueis à Florac, les géologues ont remarqué surtout les accidents naturels produits au contact de l’oolithe et des micaschistes. L’isthme de Perjuret est particulièrement étonnant.

Comme troisième artère transversale importante, il faut nommer la route qui, au sud du mont du Bougès, remonte la Mimente (val d’Arpaon), franchit la ligne de partage au col Jalcreste (957 m.), et descend aux Gardons, soit vers Saint-Germain-de-Calberte (Lozère), chef-lieu de canton (1,368 hab. la comm., 316 aggl.), soit au Collet-de-Dèze.

Du Collet-de-Dèze (1,222 hab. la comm., 529 aggl.) à Sainte-Cécile-d’Andorge (station de chemin de fer située sur le Gardon d’Alais, entre Genolhac et la Grand-Combe), le large lit du Gardon fut, jusqu’à ces dernières années, l’unique voie charretière : de macadam servaient ses galets, comme dans beaucoup de ravins voisins. La vallée, d’une admirable couleur, aux roches de granit rouge, aux saulaies vertes, au ciel outremer, vaut une visite ; la situation du Collet est charmante, sur un roc que la rivière, élargie en vrai lac, entoure de trois côtés.

  1. V. Lecoq, Époques géologiques de l’Auvergne, t. Iᵉʳ, p. 464-476 ; t. II, p. 243-257. – Junius Castelnau, Notes et souvenirs de voyage, t. Iᵉʳ, p. 72 et suiv., et 159-192.
  2. Chemin de fer de Paris à Anduze, 698 kilomètres ; à Genolhac, 641 kilomètres ; à Villefort, 628 kilomètres. — A. D’Anduze à Saint-Jean-du-Gard, 13 kilomètres ; de Saint-Jean-du-Gard à Florac, 60 kilomètres, en voiture. — B. De Genolhac à Pont-de-Montvert, par Vialas et Saint-Maurice-de-Ventalon, 33 kilomètres ; de Pont-de-Montvert à Florac, route neuve, 20 kilomètres, en voiture. — C. De Villefort à Pont-de-Montvert par la Lozère, 25 kilomètres (sept à huit heures) à pied, puis à Florac en voiture.
    De Paris à Florac, par l’itinéraire A, 771 kilomètres ; par l’itinéraire B, 694 kilomètres ; par l’itinéraire C, 673 kilomètres. Par Garabit-Mende et le col de Montmirat, 692 kilomètres, dont 40 en voiture.
  3. Note sur le tracé d’un chemin de fer allant d’Anduze à Sévérac par Florac et le causse de Sauveterre, par L. Boyer, Saint-Flour, imprimerie Passenaud. — Note sur les projets de chemin de fer de Massiac à Sévérac et de Rodez à Villefort, par Lefranc, ingénieur des ponts et chaussées, avec profils comparatifs : Bulletin de la Lozère, 1866, p. 227.