Page:Martin - Histoire des églises et chapelles de Lyon, 1908, tome I.djvu/133

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sainte-claire

d’une recrue d’élite, Louise des Clefs, issue d’une des premières et des plus riches familles de Langres, et qui, à la vue de leurs privations, s’était hâtée d’embrasser la sainte pauvreté dont elles faisaient une si rude épreuve. Elles s’embarquèrent sur la Saône qu’elles descendirent lentement et elles arrivèrent aux portes de Lyon le 15 mars.

Chapelle des Sœurs Sainte-Claire.

Elles se croyaient aux termes de leurs souffrances : mais il n’en était pas ainsi. L’accès de la ville était, à cause de la guerre, rigoureusement interdit à tout étranger non muni d’un passeport signé du gouverneur de Lyon ; on se doute qu’elles ne possédaient pas cette pièce, aussi furent-elles contraintes de rester exposées à un froid très vif sur leur mauvaise barque. Louise des Clefs, que l’on appelait déjà sœur Louise, les tira d’embarras : elle finit, à force d’instances, par obtenir d’entrer seule dans la ville et plaida si bien la cause des pauvres religieuses auprès du gouverneur, M. de La Guiche, que celui-ci, touché de compassion, leur délivra le passeport tant désiré. Elle revint en courant à ses compagnes et s’empressa de les mener chez un sien oncle, M. des Clefs, qui leur accorda l’hospitalité la plus large. Voilà dans quel mince appareil les Clarisses conquirent définitivement Lyon ; mais elles étaient assurées que les bons commencements sont toujours marqués par les épreuves. Après avoir été, cinq jours durant, les hôtesses des nobles Bénédictines de Saint-Pierre, elles acceptèrent plus volontiers l’offre qu’un pieux artisan italien de Lucques, nommé providentiellement Guide, leur fit d’une petite maison qu’il possédait dans la rue Buisson, contiguë au couvent franciscain de Saint-Bonaventure. Peu de jours après, le père Roux, provincial des Frères Mineurs, se mit en quête de pourvoir à leurs besoins : ayant recueilli quelques aumônes, il accommoda la maisonnette du mieux qu’il put à leur profession et leur fit d’une grille une clôture dans un appartement du rez-de-chaussée, où elles disaient l’office et d’où elles entendaient chaque jour la grand’messe à Saint-Bonaventure, car il n’y avait pas de chambre qui pût être convertie en chapelle.

Elles habitèrent seize mois dans ce misérable réduit, sans meubles que ceux que leur prêtait signor Guido, très médiocrement fortuné lui-même. Lyon, soumis depuis quatre ans seulement à Henri IV, commençait à peine à réparer les dommages de l’occupation