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VI
HISTOIRE DES ÉGLISES ET CHAPELLES DE LYON

et mène doucement à l’école de sainte Chantal et à la Visitation de Bellecour les femmes les plus distinguées de la noblesse et de la bourgeoisie ; les Pénitents du Confalon, chez les Cordeliers de Saint-Bonaventure, et cinq autres compagnies du même genre se soumettent à un règlement sévère et s’enchaînent par une solidarité mutuelle qui les discipline autant qu’elle les sauvegarde. Les scandales sont poursuivis et châtiés ; les abus dénoncés et corrigés. On ouvre des asiles à la foi menacée et à l’innocence en détresse ; on a des retraites grillées où le repentir vole s’enfermer, afin d’éviter de nouvelles chutes.

Les œuvres, les institutions, les projets réformateurs s’appellent et se commandent les uns les autres ; ils paraissent jaillir d’un entraînement qui n’est ordonné par personne et qui se communique dans un ordre parfait. Dans cette variété spontanée d’efforts, de créations, de sentiments charitables, on devine une forte organisation ; on saisit à côté des suggestions d’un mysticisme parfois exalté les conseils de l’esprit pratique, accommodant les choses à leur but et proportionnant, dans une mesure raisonnable, les moyens à la fin qu’il s’agit de réaliser. Est-ce effet de la grâce d’en haut ? discipline de la pensée ? habitude née de l’expérience ? Ces divers éléments se mêlent sans doute et coopèrent ensemble au triomphe du bien ; dans l’application quotidienne, aucune force n’est mise de côté, aucune bonne volonté n’est repoussée. Toutes les classes de la société, sans exception, du plus humble manant au riche financier, de la femme obscure à la plus haute dame de l’aristocratie, bourgeois, magistrats et prêtres s’empressent d’apporter leur concours au relèvement de l’influence catholique ; peu à peu l’élan devient si étendu et si merveilleux que des années, pendant lesquelles il a duré, il a fait la période la plus féconde, la plus prospère, la plus glorieuse de nos fastes provinciaux.

Inaugurés par le cardinal de Marquemont, qu’une étroite amitié liait au saint évêque de Genève, cette ferveur entreprenante, ce zèle propagandiste, ce souci sérieux d’édification publique, même chez de simples laïques, se prolongèrent jusqu’à la fin du XVIIe siècle. Mgr Camille de Neuville, sur les conseils et sur les exemples de son frère l’abbé de Saint-Just, Antoine de Neuville, déploya pour les maintenir, les régler, les augmenter, le double pouvoir à peu près illimité et absolu qu’il tenait de sa charge de lieutenant-général du roi et de sa dignité épiscopale. Le P. Massillon, qui entrait alors timidement dans la carrière oratoire, en rendant hommage, sur sa tombe, à sa vigilance, à son amour de l’ordre, à la protection dont il favorisa les pieuses entreprises, au crédit qu’il accorda à des hommes de la valeur de Démia et d’Hurtevent, n’a rien exagéré,