Page:Martin - Histoire des églises et chapelles de Lyon, 1908, tome I.djvu/23

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VII
INTRODUCTION

rien sacrifié à l’hyperbole. En rappelant tout à l’heure la date des plus considérables fondations qui se rattachent à l’administration de cet illustre « prestolet », comme le duc de Saint-Simon l’appelle irrévérencieusement, nous jugerons de quel poids furent ses encouragements ; les cahiers de ses visites pastorales, qui existent encore, témoignent d’autre part avec quelle conscience il veillait aux détails les plus obscurs d’une sacristie de campagne ; et comment il exigeait la docilité la plus complète à ses instructions.

Le xviiie siècle fut beaucoup plus mélangé de bien et de mal que le précédent : la sève catholique s’altère ; sa vigueur languit insensiblement ; d’un côté, les querelles du Jansénisme, les arrêts et les empiétements du Parlement, le persiflage voltairien, les doctrines de l’Encyclopédie ; de l’autre, la suppression des Jésuites, certains signes trop apparents de relâchement monastique, portent à l’opinion des coups qui la détachent assez brusquement de ce qu’elle se plaisait à respecter et à patronner. Messeigneurs Paul de Villeroy et de Rochebonne tentent d’élever les premières digues contre les théories à la mode du P. Quesnel et les rébellions dédaigneuses à la bulle Unigenitus ; mais çà et là, dans les communautés, au sein des familles, où l’Oratoire et les missionnaires de Saint-Joseph sont trop écoutés, les brochures suspectes circulent et les principes les plus hétérodoxes y font la loi. En vain le cardinal de Tencin déclare qu’il est prêt à recommencer ses luttes fameuses du concile d’Embrun, les services qu’il a rendus aux vérités ultramontaines le couvrent mal contre les traits satiriques de ses adversaires ; l’ambassade de Rome et la cour le retiennent trop longtemps loin de son troupeau. Et quand, à sa mort, Montazet vient prendre possession de l’héritage qu’il enviait, les disciples de Port-Royal, les partisans de la théologie rigoriste et anti-sulpicienne se multiplient, comme par enchantement ; les chaires d’enseignement en sont infestées ; les presbytères en pullulent ; des lectures et des leçons l’insubordination passe dans les actes ; à la veille de la Révolution, l’on aura à supporter le scandaleux et immoral crucifiement de Fareins, les réunions occultes de la rue de la Vieille-Monnaie, les folles harangues du curé Souchon aux Cordeliers.

Le récit de cette décadence intellectuelle et morale, aboutissant à la perversion la plus grossière du sens religieux, n’a pas été écrite ; probablement, elle ne le sera jamais, tant une plume honnête aurait de répugnances à vaincre, pour dévoiler des aberrations sans excuse et des turpitudes innommables. Mais il n’est pas inutile d’être averti de ces chutes inouïes afin de juger sainement et