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histoire des églises et chapelles de lyon

l’immense famille séraphique, c’est-à-dire des Capucins. Ceux-ci parurent enlever aux Récollets leur qualité d’avant-garde ; ils furent toutefois leurs meilleurs amis.

Une mésaventure assez curieuse signala l’entrée à Lyon des bons religieux. Le consulat s’étonna de ce nom de Récollets y flairant quelque résurrection et déguisement d’une secte hérétique. C’était au commencement de l’année 1619, il fallut que le père Exupère, pro-gardien, c’est-à-dire futur gardien, se défendît de ce soupçon étrange par une longue épître dont on trouve un résumé dans les pièces de fondation du couvent de Lyon, qu’il démontrât l’antiquité vénérable du nom de Récollets, et qu’il citât in-extenso la bulle d approbation de la réforme récollecte de stricte observance où Clément VII fait un particulier éloge de ce retour à la vraie tradition de l’esprit et des mœurs des primitifs disciples du mendiant d’Assise. Ce qui ne laisse pas de surprendre, dans le cas présent, c’est que le nom, déjà si connu dans le midi de le France, depuis la première moitié du xvie siècle, pût être discuté après les lettres patentes d’Henri IV et l’engagement que prit, le 30 mars 1616, l’assemblée du clergé de France de favoriser les Récollets comme les réformateurs de la stricte observance.

Ce ne fut là d’ailleurs qu’une courte alerte : rétablissement devait amener de réelles difficultés. Dans les archives du monastère lyonnais, parmi les courtes notices des fondations récollectes du Lyonnais et des environs, on trouve celle du couvent de Lyon, la dix-septième en date de la province. On souhaiterait un complément de renseignements à ces quelques lignes, que voici : « Nos pères de Lyon visitèrent la ville, le 14 novembre 1619, ayant toute la permission nécessaire pour cela, ils s’établirent au-delà du faubourg de la Croix-Rousse ; ils y demeurèrent trois années de suite. Mais la reine-mère Marie de Médicis voulut qu’ils fussent logés dans la ville et obtint toutes les permissions pour cela : c’est pourquoi ils quittèrent le lieu de la Croix-Rousse où ils étaient très mal, le 23 septembre 1622. Monseigneur l’évêque prince de Genève, commis par sa majesté, déplanta ladite Croix et la transporta au lieu où sont à présent les Récollets, ce qui se lit en 1623. On célébra la première messe de l’autorité de monsieur de La Faye, grand vicaire de l’éminentissime cardinal de Marquemont, archevêque et comte de Lyon, primat des Gaules, et furent logés cinquante religieux en une maison pour toute la ville. »

Ce mémento est succinct. On n’y peut ajouter de documents sur la première installation, qu’une bulle de 1619 du pape Paul, donnant un couvent de l’Observance de Lyon aux Récollets et instituant l’archevêque pour les mettre en possession de cette maison régulière vulgairement nommée Sainte-Marie des Anges, enfin les plaçant sous la custodie du Dauphiné. Joignons-y l’acte de réception et d’autorisation du consulat, en date du 14 novembre de la même année, noble François de Merle étant prévôt des marchands. Dans cet acte il est dit en substance que les Récollets, « ayant reçu permission de M. le marquis de Villeroy, gouverneur général, se sont transportés au lieu de la Croix-Rousse lequel, entre tous ceux de la ville, avait été jugé le plus commode à bâtir et construire pour être de grande étendue et donnant facultés de dresser de longs communs et de former jardins et vignes. » Cette attestation ne manque pas de contredire quelque peu la