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histoire des églises et chapelles de lyon

circonstance. En 1316, le cardinal Jacques d’Euse était élu pape par le Conclave réuni dans le couvent des Jacobins, et couronné dans notre cathédrale dont il prit le nom : Jean XXII. Cependant, la plupart des verrières du chœur et du transept avaient été posées, grâce à des libéralités privées ; ces dons se continueront pour les vitraux de la nef, en même temps que s’achèvera le clocher. Quant à la tour méridionale dite de la Madeleine, elle est d’un siècle et demi postérieure.

Dans la dernière partie du xive siècle, le maître de l’œuvre était Jacques de Beaujeu. Il prenait, dit M. Guigue, l’engagement, le 24 février 1392, de livrer complètement terminée à la fête de Toussaint suivante, la grande rose qui domine le portail ; les vitraux furent exécutés par Henri de Nivelle, maître verrier en titre depuis l’année 1378. L’édifice ne fut terminé que sous le pontificat de Sixte IV, dont les armes se lisent sur la façade et qui occupa la chaire romaine de 1471 à 1484. Le dernier maître de l’œuvre fut Marceau, décédé le 2 novembre 1482.

Chaque métier, charpentiers, serruriers et forgerons, couvreurs, verriers, formait une communauté travaillant sous la direction d’un maître, qui, lui-même relevait du maître général de l’œuvre, maçon ou sculpteur, quelquefois l’un et l’autre : tel Jacques Morel qui exécuta, en 1420, le tombeau du cardinal de Saluces dont il sera parlé plus loin. Il y avait même des maîtres peintres, dont l’un, Janon d’Écosse, peintre et brodeur, orna le chœur en 1420.

C’est dans l’œuvre de la pierre — le plus important et qui commandait les autres — que le caractère de communauté était surtout marqué. Chacun des membres de ces associations de frères sculpteurs, maçons, appareilleurs et tailleurs d’images, y travaillait en vue d’un succès commun, faisant abnégation de sa personne. Le nom même de ces vaillants architectes qui s’intitulaient simplement « maîtres » ne nous est connu que par des marchés ou des pièces comptables, conservés aux archives. Les gages étaient modestes, les décorations inconnues ; ils ont passé, heureux de servir la cause de l’art et de laisser aux générations futures un abri où les âmes se rencontrent dans l’amour et la prière.

L’étranger qui aborde Saint-Jean n’éprouve aucun de ces enchantements que procure la vue de certaines cathédrales, contemporaines de la nôtre : simple et sévère d’aspect, les Lyonnais l’ont faite à leur image. Les maîtres de l’œuvre, pendant les xive et xve siècles, ont évidemment subi l’influence qui se dégage des parties plus anciennes, d’un caractère si ferme et si sobre. Ainsi, la façade se profile simplement, en deux étages dont le second est en retrait sur le premier. Bien que la partie supérieure, d’un siècle plus jeune que la base, soit éclose en plein âge du gothique flamboyant, elle a peu de ressauts et reste d’une ornementation qui paraît indigente, comparée aux façades de la même époque. Elle comporte pourtant un soubassement digne d’intérêt, formé de plus de trois cents motifs, la plupart d’un art très pur, et qui n’ont de comparables que ceux de la cathédrale de Rouen, aux portes latérales.

L’Ancien et le Nouveau Testament, la vie des saints, l’histoire profane, le symbolisme, les scènes de la vie privée ont fourni la matière de ces images, mais aucun ordre ne