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histoire des églises et chapelles de lyon

cette élection. Le Souverain Pontife était décédé depuis plus de deux ans, et les cardinaux assemblés à Carpentras n’avaient pu arrêter leur choix, lorsque, sur la promesse de Philippe, comte de Poitiers, régent de France, de leur laisser une entière liberté, ils se réunirent à Lyon au nombre de vingt-trois. « Philippe les assembla dans le couvent des Frères Prêcheurs, où ils se rendirent tous ; il les conduisit dans une salle, où, après les avoir exhortez à donner un pasteur à l’église, il leur déclara qu’il les alloit tous enfermer, jusqu’à ce qu’ils eussent choisi un pape. Ils eurent beau protester contre la violence qu’on leur faisoit, et contre la parole que le prince leur avait donnée, il avoit fait griller les portes et les fenestres, il avoit aussi disposé des gardes partout, et après les avoir ainsi enfermez, il se retira à Paris, et laissa la garde du conclave au comte de la Marche son frère. Ils furent quarante jours sans pouvoir se déterminer unanimement sur le choix qu’ils dévoient faire ; enfin, le septième jour d’aoust, ils donnèrent tous leurs suffrages au cardinal de Porto, Jacques d’Ossa de Cahors, qui prit le nom de Jean et fut Jean XXII ».

Telles étaient les proportions données au couvent de Lyon par les constructeurs du xiiie siècle qu’ils subsistèrent pendant près de cinq cents ans, sans autres modifications que celles nécessitées parles circonstances. Au commencement du xviiie siècle, lorsqu’on songea à les remplacer par de nouveaux bâtiments, un des religieux, auquel est dû la conservation de la presque totalité des souvenirs dominicains à Lyon, le Père Ramette, eut soin, avant la démolition, de dresser le plan de l’ancien état. C’est ce plan qui a été reproduit ci-contre ; on voudra bien s’y reporter pour l’historique de l’église qu’il nous reste à donner, historique ionisé à peu près exclusivement dans la longue légende explicative annexée par le père Ramette à son plan.

L’église avait subi des modifications beaucoup plus nombreuses que le monastère, ayant été presque entièrement reconstruite au xve siècle puis agrandie par l’addition successive des chapelles. Orientée conformément aux prescriptions liturgiques du levant au couchant, il semble qu’elle n’ait d’abord compris que la partie qui devint dans la suite la grande nef (n° 78 du plan). Au nord, elle prenait jour sur un terrain de forme triangulaire, que les religieux achetèrent en 1300 et 1316 et dont ils firent leur cimetière. Quelques auteurs veulent que, dès l’origine, une chapelle sous le vocable de Notre-Dame-de-Confort ait existé à l’ouest de l’église (n° 86). Cette 023inion n’est pas celle du Père Ramette qui dit de cette chapelle : « Basse église où l’on entroit anciennement par deux portes tournées du côté où est à présent la place Confort, qui ont été bouchées en 1654… On croit que ce n’était qu’un vestibule bâti en 1244 et années suivantes, pour passer dans la grande église, comme le font voir trois grands portails qui y communiquaient, dont celuy du milieu n’a été muré à moitié qu’en 1418, ou plus tôt maçonné d’un pied d’épaisseur dans toute sa hauteur, pour y placer une image de Notre-Dame-de-Consolation ; et en 1428 on y dressa un autel sur lequel on mit un tableau peint sur bois, qui représente la Sainte Vierge assise sur un espèce de trône, ayant un sceptre à la main droite, et tenant l’Enfant Jésus sur ses genoux ; et on y fit une chapelle, dédiée à Notre-Dame-de-Confort, dont les Florentins firent refaire la voûte qui porte leurs armes ».

Le commencement du xve siècle vit en effet affluer à Lyon nombre de marchands et de