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les frères prêcheurs

L’établissement de ce portail clôt la série des travaux de l’église ; le xviiie siècle fut occupé presque tout entier par la reconstruction du couvent qui dura plus de quarante ans, de 1714 à 1756. Livrée au clergé constitutionnel pendant la période révolutionnaire, l’église des Jacobins devint paroisse du canton sud de la ville, sous le vocable de saint Pothin, en suite d’un arrêté du 9 fructidor an III ; elle fut démolie, en 1816, lorsqu’on installa la préfecture du Rhône dans les anciens bâtiments du couvent : ceux-ci disparurent à leur tour sous la pioche des démolisseurs, en 1859-1860.

Intérieur du cloître actuel

Par une singulière coïncidence, presque au même moment, les fils de saint Dominique, qui, durant six siècles, avaient tenu une si grande place dans la vie de la cité lyonnaise, venaient d’y réapparaître. Ils avaient été ramenés en France par un ardent défenseur des idées modernes, qui, vingt ans auparavant, s’adressant à son pays était venu lui réclamer « sa part dans les libertés conquises, et que lui-même avait payées ».

À Lyon, l’idée première de la restauration des frères Prêcheurs est due à un homme qui personnifie admirablement le caractère lyonnais dans ce qu’il a de plus grand et de plus beau. Après avoir exercé avec succès le commerce de la soierie, Camille Rambaud l’avait quitté alors pour se consacrer exclusivement au service des malades et des pauvres. Plus tard, on le sait, il voulut être prêtre, persuadé qu’il recevrait avec l’onction sacerdotale des vues plus profondes et plus justes sur les lois qui régissent l’humanité , et aussi une faculté plus grande de la diriger et de la secourir. Cette figure surhumaine plane sur le siècle qui vient de s’achever comme un modèle accompli du disciple de Jésus-Christ, et, plus encore peut-être, comme le type du prêtre de l’avenir.

L’une des caractéristiques de l’abbé Rambaud était une confiance aveugle en la Providence, qui lui faisait réaliser sans délai les œuvres entreprises par lui. C’était le 3 août 1856 qu’il avait songé pour la première fois à appeler à Lyon les Dominicains ; le 24 décembre de la même année, dans une humble chapelle de planches et de briques élevée sur un terrain acquis par lui, la messe de minuit était célébrée par un jeune religieux prêtre depuis cinq jours, le père M.-A. Chardon. On pense bien que ce premier oratoire ne pouvait être que provisoire : aussi, presque immédiatement, et toujours sous l’impulsion de l’abbé