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histoire des églises et chapelles de lyon

Rambaud, on commença la magnifique église qui subsiste aujourd’hui. La construction en dura six années, et le cardinal Bonald en fit la bénédiction solennelle le 16 août 1863.

Œuvre, on est tenté de dire chef-d’œuvre, de l’architecte lyonnais, Louis Bresson, du style gothique le plus pur, elle s’élève simple et noble, comme l’expression parfaite de la prière chrétienne, tout à la fois virile et humble, ou plus exactement virile parce que humble. La façade, orientée au couchant, est encadrée par deux tourelles, qui, dans le plan du constructeur, doivent être surmontées de clochetons. Au-dessus du portail, s’ouvre une immense baie divisée en quatre parties par trois meneaux, qui, formant ogive à leur extrémité supérieure, supportent trois roses à six et neuf lobes. Cette baie est surmontée elle-même d’un fronton triangulaire, au haut duquel plane la statue de saint Vincent Ferrier, le thaumaturge du xve siècle, qui, à quatre reprises, attira autour de lui la foule des Lyonnais.

En arrière de la façade, la nef principale continue seule à la hauteur de la grande baie. Les nefs latérales plus basses lui servent d’assises, épaulées de contreforts surmontés eux-mêmes de clochetons et d’arcs-boutants, dont les lignes sveltes et élancées forment une merveilleuse forêt. Mais c’est plus encore à l’intérieur que l’âme se trouve transportée dans un autre monde. L’œil se perd au milieu de ces hautes colonnes, qui, suivant l’expression de l’historien des Moines d’Occident, s’élèvent vis-à-vis l’une de l’autre, comme des prières qui, en se rencontrant devant Dieu, s’inclinent et s’embrassent comme des sœurs. L’éclatante blancheur des murailles évoque les robes de religieux qui les animaient hier encore, et communique une impression de pureté, de sérénité et de douceur, cependant que l’harmonieux coloris des vitraux jette sur le tout une note de vie intense.

Comme on l’a déjà indiqué, l’église comporte une nef principale très élevée et deux nefs latérales de moindre hauteur : elle n’a point de transept. Destinée à la fois aux religieux et aux fidèles, elle a exigé une disposition particulière du maître-autel, qui est des plus heureuses. À l’extrémité de l’abside, le presbyterium a été surélevé, de manière à dominer les uns et les autres, l’ancien jubé étant suppléé par une barrière contre laquelle s’appuient deux autels.

La chaire, peut-être un peu chargée comme ornement, a été exécutée par Fabisch, sur les dessins de l’architecte du monument. Elle constitue à elle seule un poème. « Autour de la base apparaissent debout dans leur niche gothique Daniel, Jérémie, saint Jean-Baptiste, Ézéchiel et Isaïe… C’est l’Ancien Testament… Autour de la chaire proprement dite se voient, richement sculptés, sur les panneaux les quatre symboles des Évangélistes. C’est le Nouveau Testament. Aux angles sont assis des saints de l’ordre des Prêcheurs, » saint Dominique au centre, puis saint Vincent Ferrier, saint Louis Bertrand, saint Thomas d’Aquin et saint Pierre de Vérone.

Chacune des nefs latérales est commandée par un autel ; celui de droite, placé sous le vocable du Rosaire, a été dessiné par le docteur Fèvre et exécuté par Fabisch. Celui de gauche est dédié à saint Dominique. Dans cette même nef a été placé un second autel en l’honneur de saint Thomas, d’une simplicité archaïque.

Resterait à décrire les vitraux qui forment une œuvre peut-être unique en France. Dans un ordre qui a produit fra Angelico, fra Bartholomeo et fra Benedetto, la peinture