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histoire des églises et chapelles de lyon

temps étaient difficiles à la religion : l’enfant les traversa sans y faillir, grâce à sa mère. Doué d’un cœur ardent, d’une humeur vive, d’un caractère entier, il sut tourner vers Dieu son énergie. Instruit à l’école cléricale de la paroisse, protégé par M. Besson, curé de Saint-Nizier, puis évêque de Metz, l’enfant fut reçu au séminaire de L’Argentière, y fit de bonnes études, y développa sa piété, et y reçut la tonsure, le 20 avril 1800, des mains de Mgr Canoveri, évêque de Verceil. Le 1er novembre 1809, il entra au séminaire Saint-Irénée de Lyon, reçut l’année suivante les quatre ordres mineurs, puis le 28 mai 1811, le sous-diaconat, le lendemain, le diaconat des mains de Mgr Simon, évêque de Grenoble ; enfin le 14 juin 1812, le cardinal Fesch l’ordonnait prêtre.

On sait que les Sulpiciens avaient été, au début de 1811, remplacés au séminaire de Lyon par des prêtres séculiers. L’un de ces derniers était M. Bochard, ex-curé de Bourg, qui, après quelques mois seulement de professorat, devint vicaire général du cardinal Fesch ; ces quelques mois lui avaient pourtant suffi à apprécier les solides vertus du jeune abbé Coindre, et sa réelle aptitude à la prédication. Il l’envoya à son ancienne cure, en qualité de premier vicaire. M. Coindre y resta jusqu’en 1815, sous la direction du curé, M. Chapuis, ayant pour collègue en vicariat l’abbé Ronat, prêtre distingué, plus lard curé de la primatiale de Lyon, évêque de Gap, enfin de Verdun. Quant à Coindre, s’il l’eût voulu, ou si seulement il se fût laissé faire, il serait promptement arrivé aux honneurs. En 1813, encore simple vicaire, il fut appelé à Lyon, par l’archevêque, de préférence à vingt prédicateurs de renom, pour y prononcer un difficile discours, à la gloire des armées françaises, discours rendu obligatoire par un décret du 19 février 1806, à toute chaire de l’Église de France, en mémoire du couronnement de l’empereur et de la bataille d’Austerlitz ; il s’en tira habilement, sans flagornerie tout ensemble. Ce qui mieux est, sa parole avait une singulière efficacité de conviction, parce qu’il la puisait dans son propre cœur. La Providence l’avait d’ailleurs abondamment pourvu de moyens naturels : voix extraordinaire d’étendue, de force soutenue et de pénétration. Par là méritait-il déjà qu’on le saluât comme un second Bridaine, et pourtant il avait à peine vingt-sept ans. À la fin de 1813, sur les instances de M. Bauzan, il entra à la communauté des Chartreux ou missionnaires diocésains de Lyon.

Après la première dissolution de la société par le gouvernement, il fut pressé de se rendre à Paris, pour y jeter avec Forbin-Janson, Sambucy, Frayssinous etQuélen, les fondements de la compagnie des missionnaires de France. Cette fois encore, il se déroba aux circonstances, qui frayaient à son amour-propre un si beau chemin, et demeura dans la cité de saint Pothin, prêchant sans relâche dans la ville et aux alentours, et multipliant les conversions.

Le Puy, notamment, a gardé le souvenir de ses sermons, où il commentait, par un jaillissement d’heureuses images, les paroles évangéliques. À Anse, à Saint-Étienne, il obtenait des chrétiens qu’au son de la grosse cloche, ils tombassent à genoux, pour violenter le ciel en faveur des impénitents.

Le panégyrique de saint Bonaventure fut l’apogée de son talent. Quel dommage qu’il écrivît peu, qu’il n’usât que de notes, de plans abrégés, pour préparer ses prodigieux